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30-09-2008
Université de transparence
L'université de la transparence constitue une activité organisée de manière autonome au sein de Transparency Maroc sous forme de réseau destiné à initier et à promouvoir des activités d'étude, de recherche théorique et appliquée sur la lutte contre la corruption et la bonne gouvernance. Elle s'adresse particulièrement au milieu universitaire et associatif mais veille aussi à assurer une ouverture sur les administrations et les opérateurs économiques. Le démarrage de cette nouvelle expérience a e
 

I- Présentation de l'université de la transparence

Les liaisons permanentes entre ses membres sont effectuées essentiellement au moyen du courrier électronique. Mais des rencontres régionales, des séminaires réguliers et les cycles de formation constitueront les occasions de contacts personnels et d'élargissement des rapports entre les acteurs.

La participation aux groupes de recherche et de travail s'effectue pour la durée du thème annuel retenu, entraînant ainsi une mobilité des personnes. Mais une certaine stabilité sera assurée par un groupe de chercheurs, spécialement motivés par la réflexion sur cette thématique.

Les principaux objectifs de l'université sont :

  • Exploiter et mettre à la disposition du public la production intellectuelle récente sur la question telle qu'elle se développe dans le cadre des organismes internationaux, des associations internationales et des centres de recherche à travers le monde ;
  • Favoriser les études et la recherche universitaires sur les disciplines se rapportant à la corruption et à la transparence ;
  • Promouvoir les rapports de travail entre les militants associatifs, les responsables administratifs, les milieux professionnels et les sphères d'enseignement et de recherche académique ;
  • Acquérir une meilleure connaissance du phénomène de la corruption et des moyens de son atténuation ( contexte, mécanismes, acteurs, facteurs déterminants) à travers les études comparatives
  • Produire et mettre à la disposition des différents groupes cibles des documents de référence sur la question : bibliographies, traductions, articles, ouvrages, actes de séminaires, recueils de textes, analyses sectorielles, comparatives….etc
  • Proposer des actions, des modes d'organisation, des procédures et des réformes de nature à améliorer la transparence dans les domaines étudiés. Son organisation s'articule autour de deux structures :
    • Un comité de gestion chargé d'assurer le travail matériel et le secrétariat permanent ( Préparation des sessions, gestion financière, correspondance, suivi des projets, optimisation de l'exploitation de la production…).
    • Un comité scientifique, constitué d'un groupe de personnalités expérimentées provenant des milieux universitaires et professionnels. Il sera chargé de fixer les orientations générales de l'université, d'initier des projets, d'évaluer les propositions de projets et de veiller sur la qualités de la session annuelle, des séminaires et des publications.

Ses activités principales sont appelées à se dérouler sous forme :

  1. D'une session annuelle sur un thème principal qui aura fait l'objet de recherches préalables soit à titre personnel, soit dans les sous-groupes. La rencontre servira d'espace pour :
    • rendre publics les résultats des travaux entrepris ;
    • développer les échanges sur la question entre experts et spécialistes (possibilité d'inviter des chercheurs ou des experts )
    • améliorer les connaissances des participants ;
    • favoriser des échanges de haut niveau entre les chercheurs, les responsables administratifs et les animateurs des associations.
    • Affiner et diffuser les bonnes pratiques et les meilleures procédures en la matière.
  2. Un séminaire de mi-parcours . Il sera destiné à vérifier l'avancement des travaux, à les enrichir et à mieux préparer la session annuelle
  3. Des tables rondes sur des thèmes précis. A l'initiative de différentes instances (administrations, associations, organismes professionnels) ou du comité scientifique, il peut être organisé des séminaires de courte durée sur des thèmes ponctuels destinés à faire l'état des lieux de la corruption et à proposer des moyens de lutte - Exemples: élections, pratique syndicale, journalisme, transport urbain, hôpitaux, prisons…etc.
    L'université sera mise en place progressivement pour pouvoir élargir le champ de cooptation des membres qui lui assureront une continuité et développer des alliances à cette fin avec les administrations, les milieux professionnels et le tissu associatif.
    Le premier groupe de travail été constitué autour du thème de la transparence à l'université. Il a engagé et réalisé entre septembre et décembre 2001 un premier travail collectif destiné essentiellement à évaluer la perception des pratiques peu transparentes dans l'université auprès des étudiants, des enseignants et des personnels administratifs. Cette première expérience devra fonder une étude plus approfondie sur la transparence dans le système éducatif qui se déroulera pendant toute l'année 2002 et donnera lieu à un séminaire de mi-parcours et un colloque en fin d'année.


II- Présentation du thème de la session de l'automne 2001

Pour cette première investigation sur la transparence dans l'université, un groupe d'une vingtaine de chercheurs, pour la plupart universitaires, a été constitué. Compte tenu des contraintes de temps, il a circonscrit l'objet de la première recherche à l'examen de la perception de la transparence dans leur milieu de travail par les principaux acteurs de l'université.

Des enquêtes sur la base d'un questionnaire individuel et d'un guide d'entretien se sont ainsi déroulées à partir du mois d'octobre dans plusieurs établissements de l'enseignement supérieur à Oujda, Fès, Meknès, Tétouan, Rabat, Kénitra Casablanca et Marrakech.

Les résultats de ces investigations font l'objet de deux rapports établis sur la base d'une part du dépouillement systématique des questionnaires récupérés et d'autre part de l'examen des comptes rendus des séances de focus groupes.

Plusieurs articles traitant de différents aspects de la question sont en cours de rédaction et alimenteront la réflexion future sur le phénomène.

De même, les débats qui se dérouleront tant au sein de l'atelier de travail que dans la séance publique du 11 décembre, permettront de faire participer un plus grand nombre de personnes à cette œuvre collective.

Cette étude servira de test pour le lancement d'un travail de recherche plus approfondi sur la transparence dans le système éducatif. A la veille de la mise en œuvre de la charte de l'enseignement, un tel projet devrait faire bénéficier de tout l'appui qu'il mérite de la part tant des départements ministériels concernés que du corps enseignant et universitaire.

Sans préjuger des résultats finaux de cette recherche, on peut dores et déjà souligner quelques enseignements utiles

  1. Même dans le milieu universitaire censé être ouvert à la recherche scientifique et relativement à l'abri de la corruption, les investigations sur la transparence ne sont pas facilement admises.
    De manière générale, les étudiants et les enseignants se sont prêtés de bonne grâce au travail d'enquête. En revanche, certains responsables académiques ont exprimé des réticences, un doyen a même exigé l'autorisation du ministère de l'enseignement supérieur pour permettre le déroulement des entretiens et la distribution des questions dans l'établissement. L'attitude hostile ou réservée qu'ils manifestent finit même par dissuader des enseignants à s'engager dans le travail. Quant aux agents administratifs, ils ont souvent accepté d'être entendus individuellement mais refusé de participer à des entretiens de groupe, par crainte de réprimande ou de représailles de leurs chefs.
    Ces attitudes indiquent tout le chemin qui reste à parcourir pour instaurer une administration autonome et transparente à l'université. Elles donnent à penser aussi que l'étude de la transparence dans le système éducatif, dans son ensemble, nécessite un soutien direct des départements concernés pour être réalisable dans de bonnes conditions.
  2. Les réponses recueillies de partout tendent à confirmer que la corruption au sens étroit du terme n'est pas fréquente à l'université. Ses terrains de prédiction seraient les marchés publics, les recrutements des agents administratifs et les examens oraux. Sauf de rares exemples signalés dans lesquels des enseignants auraient réclamé des sommes d'argent ou des présents pour l'inscription à des filières spécialisées ou l'assistance d'étudiants dans leurs recherches, les manifestations les plus courantes de la corruption des enseignants sont constituées par la vente forcée des manuels et des cours polycopiés. De telles pratiques prennent parfois l'allure d'un véritable racket avec établissement de listes dans les librairies et exigence d'acquisition de plusieurs volumes.
  3. D'autres formes d'abus de pouvoir administratif ou académique semblent par contre plus répandues. Le favoritisme, le clientélisme, le harcèlement sexuel, le pantouflage et le népotisme s'expriment ainsi à diverses occasions : transferts des dossiers, inscriptions dans les filières recherchées, constitution de jurys de complaisance, stages, missions à l'étranger, exécution de travaux de recherche au profit de l'encadrant, attribution de missions…etc.
  4. La corruption se développe parfois aussi à l'insu des enseignants et des responsables administratifs. Des réseaux d'intermédiaires peuvent se constituer parmi les étudiants et des agents subalternes pour favoriser des inscriptions, des transferts ou des tricheries aux examens. Outre les arnaques auxquelles se livrent ainsi certaines personnes, leurs trafics sont rendus possibles par une ambiance générale de tolérance et de laxisme dans l'administration des établissements publics et notamment la surveillance des examens.
  5. Le manque d'éthique prend aussi d'autres formes. Du côté des enseignants on relève ainsi les absences fréquentes, le non renouvellement de leurs connaissances, les plagiats de cours d'autrui, la non communication du plan de cours et l'orientation des étudiants ou des usagers vers des établissements avec lesquels ils cumulent des intérêts : CHU, librairies, ingénierie. Du côté des étudiants la tricherie s'est élevée en véritable savoir faire qui donne lieu à un marché de documents pour copiage, de reproductions illicites et de clientélisme politique…etc.
  6. De manière générale ces pratiques sont favorisées par le surnombre et par les cloisons qui se développent entre l'administration, le corps enseignant et la masse des étudiants. Les instances pédagogiques connaissant souvent des dysfonctionnements graves. L'administration des établissements s'effectue sans la participation des enseignants. Dans certains cas, ces derniers gèrent aussi leurs cours et leurs unités de formation et de recherche sans accorder aucun droit de regard ni à leurs collègues ni à l'administration. Quant aux étudiants, en l'absence de structures d'accueil et d'écoute pédagogiques, ils sont livrés à eux-mêmes et aux réseaux informels ou occultes qui leur proposent des services marchands ou clientélistes. L'opacité et la suspicion s'en trouvent favorisées.
    La nature des investigations menées ne permet guère de quantifier ces phénomènes. Mais la gravité de certains faits relatés exige que leur prise en compte soit faite sérieusement à l'occasion d'une réforme destinée à renforcer l'autonomie de l'université et la participation.
    Ces premiers résultats invitent l'administration, les enseignants et les étudiants à développer davantage la connaissance